0€
Objectif de financement pour l'année 2010

À ce jour : 1165€

15 000€
Pourquoi une telle demande de soutien? / Comment contribuer?

Le Chemin de Vie


Version imprimable de cet article Version imprimable
envoyer l'article par courriel title= Envoyer par courriel

mercredi 10 mars 2010 par PeJG

(Source : Extrait du livre de Michel Odoul : "Dis-moi où tu as mal, je te dirais pourquoi" - Les cris du corps sont des messages de l’âme)

Cette métaphore est tirée du livre de Michel Odoul sur la psycho-énergétique intitulé "Dis-moi où tu as mal, je te dirais pourquoi" - Les cris du corps sont des messages de l’âme.

Selon lui la maladie n’est pas le fruit du hasard ou de la fatalité, mais un indicateur de la nécessité de changement. "Pour la médecine orientale, la maladie témoigne d’un obstacle à la réalisation du Chemin de Pie. La conscience exprime ainsi par des troubles énergétiques générateurs de maladie les entraves à son plein épanouissement [...]"

La santé personnelle est une des choses sur lesquelles nous avons un véritable pouvoir et dont nous pouvons avoir l’intention légitime de posséder.

Le Chemin de Vie – ou la légende personnelle

"Le chemin de Vie est comme un fil conducteur que tout être humain suit au cours de son existence.Nous pouvons le comparer au « livre de route » des rallymen actuels. Nous avançons sur ce chemin en utilisant un véhicule particulier qui est notre corps physique. Les orientaux nous proposent une image fort intéressante pour ce véhicule et ce Chemin de Vie.

Nous sommes, disent-ils comme une charrette, une Calèche qui représente notre corps physique, et qui circule sur un chemin qui symbolise la vie ou plutôt le Chemin de Vie. Voyons jusqu’où nous pouvons pousser cette image.

JPG - 75.5 ko

Le chemin sur lequel circule la Calèche est un chemin de terre. Comme tous les chemins de terre il comporte des « nids de poule », des trous, des bosses, des cailloux, des ornières, et des fossés de chaque côté. Les trous, les bosses, et les cailloux sont les difficultés, les heurts de la vie. Les ornières sont les schémas déjà existants que nous reprenons des autres et que nous reproduisons. Les fossés plus ou moins profonds représentent les règles, les limites à ne pas franchir sous peine d’accident.

Ce chemin comporte parfois des virages, qui empêchent la visibilité ou traverse parfois des zones de brume ou des orages. Ce sont toutes ces phases de notre vie où nous sommes « dans le brouillard », où nous avons de la difficulté à voir clair, à anticiper, car nous ne pouvons « voir devant ».

Cette Calèche est tirée par deux chevaux, un blanc (Yang) qui est à gauche et un noir (Yin) qui est à droite. Ces chevaux symbolisent les émotions, ce qui nous montre à quel point ce sont elles qui nous tirent, ou nous mènent dans la vie.

Cette Calèche est conduite par un Cocher qui représente notre mental, notre Conscient. Elle possède quatre roues, deux devant (les bras), qui impliquent la direction donnée par le Cocher aux chevaux, et deux derrière (les jambes) qui portent et transportent la charge (d’ailleurs toujours plus grosses que celles de l’avant).

A l’intérieur de la Calèche il y a un passager que l’on ne voit pas. Il s’agit du Maître ou Guide Intérieur de chacun de nous, de notre Non-Conscient, de notre Conscience Holographique. Les chrétiens l’appellent « l’Ange Gardien ».

Notre Calèche personnelle avance donc sur le chemin de la vie, dirigée en apparence par le Cocher. En apparence, car si c’est bien lui qui la conduit, c’est en fait le passager qui a donné la destination.

JPG - 97 ko

Le Cocher, qui est notre mental, conduit donc la Calèche. De la qualité de sa vigilance, de sa conduite (ferme mais en douceur) va dépendre la qualité et le confort du voyage (existence).

S’il brutalise les chevaux (émotions) et les brimes, ceux-ci vont s’énerver ou s’emballer à un moment donné et risquer de conduire la Calèche à l’accident, de la même manière que nos émotions nous conduisent parfois à des actes irraisonnables voire dangereux.

Si le conducteur est trop relâché, s’il manque de vigilance, l’attelage va passer dans les ornières (reproduction des schémas parentaux par exemple), et nous suivront alors les traces faites par d’autres, en courant le risque d’aller au fossé comme eux s’ils l’ont fait. De la même façon, s’il n’est pas vigilant, le Cocher ne saura pas non plus éviter les trous, les bosses (coups, erreurs de vie), et le voyage sera très inconfortable pour la Calèche, le Cocher et le Maître ou Guide Intérieur.

S’il s’endort ou ne tient pas les rênes, ce seront alors les chevaux (émotions) qui vont diriger la Calèche. Si le cheval noir est le plus fort (parce que nous l’avons mieux nourri…), la Calèche va tirer à droite et être guidée par les images émotives maternelles. Si c’est le cheval blanc dont nous nous occupons le mieux qui domine, la Calèche va tirer à gauche, vers les représentations émotives paternelles.

Lorsque le Cocher conduit trop vite, force trop comme nous le faisons parfois, ou si les chevaux s’emballent, c’est le fossé, l’accident qui arrête plus moins violemment tout l’attelage et avec plus ou moins de dégâts (accidents, traumatismes).

Parfois une roue ou une pièce de la Calèche lâche (maladie), soit parce qu’elle était fragile, soit parce que la Calèche est passée dans trop de bosses et de trous (accumulation de comportements, d’attitudes inadéquates). Il faut alors réparer et selon la gravité de la panne, nous allons pouvoir le faire nous-même (repos, cicatrisation), devoir faire appel à un dépanneur (médecine douce, naturelle), ou si c’est encore plus grave à un réparateur (médecine moderne).

Mais il sera de toute façon important pour nous de ne pas nous contenter de changer la pièce. Il sera important de réfléchir à la conduite du Cocher et à la manière avec laquelle nous allons changer nos comportements, nos attitudes face à la vie, si nous ne voulons pas que « la panne » se reproduise.

JPG - 49 ko

Parfois la Calèche traverse des zones de faible visibilité, c’est-à-dire que nous ne voyons pas vraiment où nous allons. Il peut s’agir d’un simple virage. Nous pouvons le voir et nous préparer à son arrivée en anticipant. Nous devons alors ralentir, repérer dans quel sens tourne le chemin et suivre la courbe en tenant bien les chevaux (maîtriser par exemple nos émotions quand nous vivons une phase de changement voulue ou subie). Lorsqu’il s’agit de brume ou d’orage, il nous est alors plus difficile de conduire notre Calèche. Nous devons « naviguer à vue », en ralentissant l’allure et en nous fiant aux bords immédiats du chemin. Nous devons dans cette phase faire une confiance totale, pour ne pas dire « aveugle », dans le chemin de la vie (lois naturelles, règles de la Tradition, Foi, etc.), et le Maître ou Guide Intérieur (Non-Conscient) qui a choisi ce chemin. Ce sont les phases de la vie où nous sommes perdus, « dans le brouillard » et où nous ne savons plus où nous allons. Dans ces moments là, nous ne pouvons plus faire autrement que laisser la vie nous montrer la route.

Parfois enfin nous arrivons dans des carrefours, des bifurcations. Si le chemin n’est pas balisé, nous ne savons pas quelle direction prendre. Le Cocher (le mental, l’intellect) peut prendre une direction au hasard. Le risque de se tromper, voire de se perdre est grand.

JPG - 82.8 ko

Plus le Cocher est sûr de lui, persuadé de tout savoir et maîtriser, plus il va vouloir et croire savoir quelle direction choisir et plus le risque sera grand. Nous sommes alors dans le règne de la « technocratie rationaliste », où la raison et l’intellect croient pouvoir tout résoudre.

S’il est en revanche humble et honnête avec lui-même, il demandera au passager (Maître ou Guide Intérieur). Celui-ci sait où il va, il connaît la destination finale. Il pourra alors l’indiquer au Cocher, qui la prendre, à condition que ce dernier ait été capable de l’entendre.

En effet la Calèche fait parfois beaucoup de bruit en roulant, et il est nécessaire de s’arrêter pour pouvoir dialoguer avec le Maître ou Guide Intérieur. Ce sont les pauses, les retraites que nous faisons parfois pour nous retrouver, car il nous arrive de nous perdre.

Voilà donc une image simple, mais qui représente vraiment bien ce qu’est le Chemin de Vie. Grâce à elle nous pouvons comprendre facilement de quelle façon les choses se passent dans notre vie, et ce qui peut les faire déraper."


Le Chemin de Vie - Evolution personnelle
par PeJG

Forum

  • Le Chemin de Vie
    10 mars 2010, par Jsf

    Première Conférence

    DIVERSITÉ, CONFORME AUX LOIS, DES MANIFESTATIONS DE L’INDIVIDUALITÉ HUMAINE

    Lue pour la dernière fois au Neighbourhood Playhouse, à New-York, en janvier 1924

    Comme il ressort à la fois des investigations de nombreux savants des époques passées et des recherches menées selon des méthodes tout à fait exceptionnelles par l’"Institut pour le développement harmonique de l’homme", de M. Gurdjieff, l’individualité intégrale de tout homme - conformément aux lois supérieures ainsi qu’aux conditions du processus de vie des hommes qui se sont établies sur terre depuis le commencement et s’y sont fixées peu à peu - quelle que soit l’hérédité dont cet homme est le résultat et quelles que soient les conditions accidentelles de son apparition et de son développement, cette individualité, disons-nous, pour répondre dès le début de l’âge responsable au sens et à la prédestination de son existence en tant qu’homme et non pas en tant que simple animal, doit absolument consister en quatre personnalités distinctes bien déterminées.

    La première de ces quatre personnalités indépendantes n’est rien d’autre que le fonctionnement automatique, propre à l’homme comme à l’animal, dont les données se composent d’une part de la somme totale des résultats des impressions reçues depuis la naissance, et provenant aussi bien de la réalité environnante que de tout ce qui a été intentionnellement implanté en eux, et d’autre part des résultats du processus, inhérent lui aussi à tout animal, que l’on nomme "rêverie". L’ensemble de ce fonctionnement automatique est ce que la plupart des gens appellent, dans leur ignorance, le "conscient" ou, dans le meilleur des cas, le "penser".

    La seconde des quatre personnalités, ayant le plus souvent un fonctionnement tout à fait indépendant de la première, est la somme des résultats de celles des données qui se déposent et se fixent en la présence de l’homme, comme en celle de tout animal, à travers ses six organes "récepteurs de vibrations de qualités différentes", organes qui fonctionnent conformément aux nouvelles impressions perçues, et dont la sensibilité dépend de l’hérédité et des conditions dans lesquelles s’est effectuée la formation préparatoire à une existence responsable.

    La troisième partie indépendante d’un être intégral représente à la fois le fonctionnement de base de son organisme et le jeu des manifestations réflexomotrices les unes sur les autres à l’intérieur de ce fonctionnement, manifestations dont la qualité dépend elle aussi de l’hérédité et des diverses conditions de la formation préparatoire de cet être.

    Quant à la quatrième personnalité de l’homme, qui devrait représenter elle aussi l’une des parties distinctes de l’individu intégral, elle n’est autre chose que la manifestation de l’ensemble des résultats du fonctionnement déjà automatisé des trois personnalités énumérées, séparément formées en lui et indépendamment éduquées, en d’autres termes elle est ce qui dans un être est appelé le "Moi".

    Dans la présence générale de l’homme, il existe, pour la spiritualisation et la manifestation de chacun des trois parties, séparément formées, de son tout intégral, ce que l’on appelle une "localisation centre-de-gravité" indépendante, c’est-à-dire un cerveau ; et chacun de ces localisations, avec son système entier, possède, pour l’ensemble de ses manifestations, des particularités et prédispositions propres à elle seule. En conséquence, pour que le perfectionnement intégral de l’homme soit possible, il est tout à fait indispensable d’appliquer à ces trois parties la juste éducation qui convient à chacune d’elles, et non pas le traitement qui leur est infligé de nos jours sous ce même nom d’"éducation".

    Alors seulement, le "Moi" qui doit être en l’homme sera son propre "Moi".

    D’après les recherches expérimentales déjà signalées, et poursuivies pendant de longues années sur des bases sérieuses, comme d’ailleurs d’après une réflexion saine et impartiale, accessible même à un homme contemporain, la présence générale de chacun - et surtout de celui qui, on ne sait trop pourquoi, émet la prétention de ne pas être un homme du commun, mais un "intellectuel" au vrai sens du mot - devrait se composer de ces quatre personnalités distinctes, pleinement caractérisées, et chacun d’elles devrait être développée de manière appropriée, afin que, pendant l’existence responsable, les manifestations de toutes ces personnalités distinctes s’harmonisent en elles.

    Pour mettre en pleine lumière la diversité d’origine et de nature des personnalités qui peuvent se manifester dans l’organisation générale de l’homme et bien marquer la différence entre le "Moi" qui doit être dans la présence générale d’un homme-sans-guillemets, c’est-à-dire d’un vrai homme, et le "pseudo-moi" que les gens confondent aujourd’hui avec lui, on pourrait avoir recours à une excellente analogie. Elle a été mise, comme on dit, "à toutes les sauces", à force d’être employée par ceux que l’on nomme spirites, occultistes, "théosophes" et autres spécialistes contemporains de la "pêche en eaux troubles" dans leurs ragots sur le "corps astral", le "corps mental" et autres corps qu’ils supposent exister dans l’homme ; cependant, elle garde sa valeur pour éclairer la question que nous examinons en ce moment.

    L’homme envisagé comme un tout, avec ses localisations distinctes fonctionnant séparément, ou mieux avec toutes ses "personnalités" formées et éduquées indépendamment les unes des autres, offre une similitude presque parfaite avec un équipage destiné au transport d’un passager, et composé d’une voiture, d’un chevale t d’un cocher.

    Il faut remarquer avant tout que la différence entre un vrai homme et un pseudo-homme, c’est-à-dire entre l’homme qui a son propre "Moi" et celui qui ne l’a pas, est mise en évidence, dans cette comparaison, par le passager assis dans la voiture. Dans le premier cas, celui du vrai homme, le passager est le maître ; tandis que, dans le second, il n’est que le premier passant venu qui, comme le client d’un "fiacre-taxi", change à tout instant.

    Le corps physique de l’homme, avec toutes ses manifestations réflexomotrices, correspond simplement à la voiture elle-même ; l’ensemble du fonctionnement et des manifestations du sentiment correspond au cheval attelé à la voiture, et qui la tire ; quant au cocher sur son siège, conduisant le cheval, il représente ce que l’on nomme habituellement le conscient ou le penser ; enfin, le passager assis dans la voiture, et qui commande au cocher, est ce que l’on appelle le "Moi".

    Tout le malheur des hommes contemporains vient essentiellement de ce qu’en raison des méthodes d’éducation anormales infligées partout à la jeune génération, la quatrième personnalité, qui devait être présente en tout homme ayant atteint l’âge responsable, leur fait entièrement défaut ; et ils ne comportent presque tous les trois premières parties énumérées, qui se sont d’ailleurs formées toutes seules, et n’importe comment. En d’autres termes, les hommes contemporains d’âge responsable ne représentent rien de plus qu’un "fiacre-taxi", et dans quel état !... une voiture délabrée, dont les beaux jours sont loin... une vieille rosse de cheval... et, sur le siège, un cocher en loques, moitié endormi, moitié ivre, qui passe le temps assigné par la Mère Nature pour le perfectionnement de soi à attendre au coin des rues, perdu dans des rêveries fantastiques, quelque passager d’occasion. Le premier passant venu le hêle, le loue à l’heure, dispose de lui à son gré, et non seulement de lui mais de toutes les parties de l’équipage qui lui sont soumises.

    Si nous poursuivons cette comparaison entre un homme contemporain typique, avec ses pensées, ses sentiments, son corps, et un fiacre-taxi avec cheval et cocher, il nous apparaît clairement qu’en chacun des parties constituantes de ces deux assemblages doivent se former des habitudes, des besoins et des goûts nettement définis, n’appartenant qu’à elle seule. En effet, conformément à leur diversité d’origine, aux conditions de leur formation et à leurs possibilités particulières, doivent se constituer en chacun d’elles son propre psychiques, ses propres notions, ses propres règles subjectives, ses propres points de vue, et ainsi de suite...

    L’ensemble des manifestations du penser humain, avec toutes les inhérences propres à son fonctionnement et toutes ses particularités spécifiques, correspond presque à tous égards à l’essence et aux manifestations d’un typique cocher de fiacre.

    Comme tous les cochers de fiacre en général, il est du genre "Colignon". Il n’est pas complètement illettré, attendu que la législation de son pays a décrété l’"instruction publique obligatoire" et qu’il lui a bien fallu dans son enfance sur de temps à autres ses fonds de culotte sur les bancs de l’"école des frères de la paroisse".

    Bien qu’il vienne lui-même de la campagne et soi demeuré aussi ignare que ses compagnons restés au village, néanmoins, appelé de par sa profession à se frotter à des gens de niveau et d’éducation différents, il a ramassé de-ci de-là tout un choix d’expressions recouvrant des notions variées ; et maintenant, il regarde de son haut, avec un parfait mépris, tout ce qui vient du village, le rejetant avec indignation comme "obscurantisme".

    Bref, c’est un type auquel s’applique parfaitement cet adage : "Corneille, corneille, tu perds ton temps, jamais tu ne seras un paon".

    Il se tient pour compétent même en matières de religion, de politique, et de sociologie. Avec ses égaux, il aime à discuter ; avec ceux qu’il considère comme ses inférieurs, il enseigne ; avec ses supérieurs, il se montre flatteur, servile : "il est à quatre pattes devant eux".

    Une de ses plus grandes faiblesses est de courir après les femmes de chambre et les cuisinières du quartier, mais ce qu’il aime par-dessus tout, c’est, après un bon gueuleton, siroter un ou deux petits verres ; après quoi, pleinement repu, à demi assoupi, il rêve...

    Pour satisfaire ses faiblesses, il vole régulièrement une partie de l’argent que lui a confié son maître pour le fourrage du cheval.

    Comme tout "mercenaire", notre Colignon ne marche qu’à coups de trique, et s’il lui arrive de faire quelque chose sans être talonné, c’est toujours dans l’attente d’un pourboire.

    Cet attrait du pourboire l’a peu à peu amené à deviner certaines faiblesses des gens auxquels il a affaire, pour en tirer profit, et il a automatiquement appris à ruser, à flatter, à "passer de la pommade", bref, à mentir.

    Dès qu’une occasion se présente et qu’il a un moment libre, il se faufile dans un café ou dans un bar où il reste des heures à rêvasser devant un verre de vin, à faire la conversation avec un type de son espèce, ou encore à lire le journal.

    Il tâche d’avoir l’air imposant, porte la barbe et, s’il est maigre, rembourre ses vêtements pour paraître plus important.

    Quant au centre du sentiment, l’ensemble de ses manifestations et le système entier de son fonctionnement correspondent on ne peut mieux au cheval du "fiacre-taxi".

    Cette comparaison du cheval et de l’organisation du sentiment humain nous permettra d’ailleurs de mettre en évidence le caractère erroné et unilatéral de l’éducation infligée aujourd’hui à la jeune génération.

    Le cheval, par suite de la négligence dont fit preuve son entourage dès son plus jeune âge, et du fait de sa constante solitude, s’est en quelque sorte renfermé en lui-même ; en d’autres termes, sa "vie intérieur" s’est vue refoulée, et il ne dispose plus, pour ses manifestations extérieures, que de la seule force d’inertie.

    En raison des anormales conditions environnantes, il n’a jamais reçu d’éducation spéciale ; il a grandi et s’est formé sous la seule influence de rossées brutales et de perpétuelles vociférations.

    On l’a toujours tenu à l’entrave ; et quand à sa nourriture, en guise de foin et d’avoine, il n’a jamais reçu que de la paille, ce qui ne correspond en rien à ses besoins réels.

    • Le Chemin de Vie
      10 mars 2010, par Jsf

      (suite)

      N’ayant jamais perçu, dans aucune manifestation de son entourage, le moindre signe de tendresse ou d’amitié, le cheval est prêt maintenant à se donner de tout son être à quiconque lui fera la moindre caresse.

      Tant et si bien que les tendances du cheval, sevré de toute aspiration et de tout intérêt, doivent inévitablement se concentrer sur le manger, sur le boire et sur une attraction automatique pour l’autre sexe ; aussi rôde-t-il toujours là où il peut les satisfaire et si par hasard il aperçoit quelque endroit où l’un de ces besoins a été assouvi ne serait-ce qu’une fois, il guette l’instant propice pour s’y échapper.

      Il faut encore ajouter que, tout en ayant une compréhension très faible de ses devoirs, le cocher est encore capable de penser tant soit peu logiquement, et, tenant compte du lendemain, de chercher, dans la crainte de perdre sa place, ou l’espoir de recevoir une récompense, à faire quelque chose pour son maître sans y être littéralement forcé. Mais le cheval, en l’absence de toute éducation spéciale, adaptée à sa nature, n’a reçu en temps voulu aucune donnée qui lui permette de manifester les aspirations qu’exige une existence responsable ; il ne peut donc comprendre, et on ne peut même pas attendre de lui qu’il comprenne, pourquoi il devrait faire quelque chose. Aussi considère-t-il ses obligations avec une totale indifférence et ne travaille-t-il que par peur d’une rossée supplémentaire.

      Quant à la voiture, qui dans notre analogie correspond au corps considéré isolément des autres parties indépendantes de la présence générale de l’homme, sa situation est encore pire.

      Cette voiture, comme toutes les voitures, est faite de matériaux divers. Sa construction est des plus compliquées. Elle avait été destinée - cela semblera évident à tout homme de jugement sain - au transport de tous fardeaux, et non pas à l’usage que l’on en fait aujourd’hui, c’est-à-dire au seul transport des clients de passage.

      La principale cause des innombrables malentendus dont elle est victime tient au fait qu’elle avait été prévue pour circuler par les chemins vicinaux, et que les maîtres carrossiers avaient agencé en conséquence certains détails intérieurs de sa construction.

      Par exemple le principe du graissage - qui est l’un des principaux besoins d’un véhicule fait de matériaux multiples - avait été conçu de telle façon que la graisse pût se répandre sur toutes les pièces métalliques, sous la seule action des secousses dues aux cahots, inévitables sur de tels chemins. Or cette voiture, destinée à de petits chemins vicinaux, stationne maintenant le plus souvent en ville, et quand elle roule, c’est sur des avenues asphaltées, unies comme des billards.

      Faute de secousses, le graissage de toutes les pièces ne se fait plus uniformément ; aussi certaines d’entre elles finissent-elles par rouiller et cessent-elles de remplir le rôle qui leur était assigné.

      En règle générale, une voiture roule bien lorsque ses parties mobiles sont bien graissées. Si elles ne le sont plus suffisamment, elles chauffent, et, portées au rouge, abîment les pièces voisines. Par ailleurs, s’il y a quelque part excès de graissage, la bonne marche de la voiture est compromise. Dans l’un et l’autre cas, il devient de plus en plus difficile pour le cheval de la tirer.

      Le cocher contemporain, notre "Colignon", ignore tout cela. Il n’a pas la moindre idée de cette nécessité d’un graissage uniforme de sa voiture, et même s’il l’a graisse, il le fait sans connaissance véritable, par ouï-dire, suivant aveuglément les suggestions du premier venu.

      Aussi lorsque cette voiture maintenant plus ou moins adaptée à des routes unies doit pour une raison quelconque se risquer à passer par un chemin de traverse, lui arrive-t-il toujours quelque chose : tantôt c’est un écrou qui saute : tantôt c’est un boulon tordu - il y a toujours une pièce qui se détraque : et après de telles tentatives, le voyage se termine rarement sans réparations plus ou moins considérables.

      Dans tous les cas, il est devenu aujourd’hui de plus en plus dangereux de se servir de cette voiture pour les fins auxquelles elle était destinée.

      Si l’on se met à réparer, il faut d’abord tout démonter, examiner les pièces une par une, et comme toujours en pareil cas, les passer au pétrole afin de bien les nettoyer, avant de tout remonter. Bien souvent, d’ailleurs, il s’avère urgent de changer une pièce importante ; tout cela n’est pas grave, s’il ne s’agit que d’une pièce bon marché, mais il arrive parfois que la réparation coûte plus cher que l’achat d’une voiture neuve.

      Or, il est clair que tout ce qui vient d’être dit à propos des parties distinctes dont l’assemblage constitue un "fiacre-taxi" s’applique exactement à l’organisation générale de la présence de l’homme.

      En raison de l’absence, chez nos contemporains, de toute connaissance et de toute capacité à préparer convenablement les adolescents à une existence responsable en éduquant les différentes parties qui composent leur présence générale, chaque homme apparaît aujourd’hui comme quelque chose de vraiment absurde et comique au plus haut point, offrant, pour reprendre notre exemple, un tableau de ce genre :

      Une voiture du dernier modèle, à peine sortie de l’usine, vernissée par d’authentiques carrossiers allemands de la ville de Barmen, et, entre les brancards, cette sorte de cheval que l’on appelle dans le pays de Transcaucasie un "dglozi-dzi". ("Dzi" veut dire : cheval ; Dgloz était le nom d’un certain Arménien expert en l’art d’acheter et d’écorcher les canassons.)

      Sur le siège de cette voiture de grand style se tient un cocher somnolent, mal rasé, hirsute, vue d’une redingote graisseuse qu’il a ramassée dans la poubelle où l’avait jetée, comme un haillon, Margoton la fille de cuisine. Sur sa tête reluit un haut de forme flambant neuf, exacte réplique de celui de Rockefeller, tandis qu’à sa boutonnière s’épanouit un énorme chrysanthème.

      Et l’homme contemporain doit inévitablement présenter cet aspect bouffon, car depuis le premier jour de son apparition, ces trois parties formées en lui - et qui, bien qu’étant d’origine différente et possédant chacun des propriétés de qualité distincte, auraient dû néanmoins, pour servir un but unique dès son entrée dans l’existence responsable, constituer par leur ensemble même son "tout intégral" - commencent à "vivre" isolément, pour ainsi dire, et à se fixer chacun dans des manifestations spécifiques, sans jamais s’habituer à se prêter mutuellement le soutien automatique indispensable, non plus qu’à se comprendre les unes les autres, même de manière approximative ; aussi, plus tard, lorsque sont requises ses manifestations concertées, celles-ci ne peuvent-elles se produire.

      Certes, grâce au "système d’éducation de la nouvelle génération", déjà solidement établi dans la vie de l’homme - et dont l’unique principe consiste à seriner aux élèves, jusqu’à complet abrutissement, une multitude de mots et d’expression vides de sens, et à leur faire reconnaître, à la seule différence des sonorité, la réalité qu’ils sont censés signifier - le cocher est encore capable d’expliquer tant bien que mal à ceux qui sont du même type que lui les désirs qu’il éprouve, et parfois de comprendre tant soit peu ses semblables.

      Par ses bavardages avec les autres cochers, en attendant le client, et par ses "flirts" répétés, au seuil des portes, avec les servantes du voisinage, notre Colignon s’est même assimilé diverses formes du "savoir-vivre".

      Il s’est également adapté aux conditions extérieures de la vie des cochers en général ; par exemple, il s’est automatisé à distinguer une rue d’une autre, et à trouver, devant une voie barrée pour cause de travaux, quelque autre chemin pour se rendre à l’adresse voulue.

      Mais le cheval ! ... S’il est vrai que cette funeste invention contemporaine que l’on nomme "éducation" ne s’étend pas jusqu’à lui - ce qui préserve de l’atrophie ses facultés héréditaires - sa formation s’effectue cependant dans les conditions anormales du processus d’existence ordinaire ; aussi grandit-il oublié de tous, comme un orphelin, et par surcroît maltraité, n’acquérant rien qui corresponde au psychisme bien déterminé de son cocher, ni à son savoir, si bien qu’il demeure tout à fait ignorant des formes de relations réciproques devenues habituelles à ce dernier, et qu’entre eux ne s’établit en définitive aucun contact qui leur permette de se comprendre.

      Il se peut néanmoins que, dans sa vie renfermée, le cheval en vienne à découvrir quelque forme de relation avec son cocher, et même à se familiariser avec quelque "langage" ; mais par malheur le cocher l’ignore et ne soupçonne même pas que la chose soit possible.

      En dehors du fait que, dans ces conditions anormales, aucune donnée ne se constitue entre le cheval et le cocher pour leur permettre si peu que ce soit de s comprendre automatiquement, il y a encore beaucoup d’autres raisons extérieures, indépendantes d’eux, qui leur enlèvent toute possibilité d’atteindre ensemble le but unique auquel ils ont été destinés.

      En effet, de même que les différentes parties indépendantes d’un "fiacre-taxi" sont reliées entre elles, la voiture au cheval par les brancards, et le cheval au cocher par les rênes, de même toutes les parties distinctes de l’organisation générale de l’homme sont reliées entre elles, le corps avec l’organisation du sentiment par le sang, et l’organisation du sentiment avec celle du penser par ce qui est appelé "ghanbledzoïne", c’est-à-dire par cette substance qui se constitue dans la présence générale de l’homme à partir de tous les efforts êtriques intentionnellement accomplis.

      Le déplorable système d’éducation actuel a abouti à ce résultat que le cocher a cessé d’avoir sur son cheval la moindre influence ; c’est tout juste s’il peut susciter dans le conscient de l’animal, au moyen des rênes, ces trois idées : droite, gauche et stop.

      Et encore n’en est-il pas toujours ainsi, car les rênes ont faites, en général, de matériaux qui réagissent à tous les phénomènes atmosphériques : par exemple, sous une pluie battante, elles gonflent et s’allongent ; quand il fait chaud, c’est le contraire ; aussi leur action sur la sensibilité automatique de perception du cheval est-elle variable.

      La même chose se produit dans l’organisation générale de l’homme ordinaire toutes les fois que se modifie en lui, sous l’effet d’une impression quelconque, ce que l’on pourrait appeler "la densité et le rythme du "ghanbledzoïne" : sa pensée perd alors toute possibilité d’action sur l’organisation du sentiment.

      Ainsi donc, pour résumer ce qui vient d’être dit, il nous faut bon gré mal gré reconnaître que tout homme doit s’efforcer d’avoir son propre "Moi" ; autrement, il ne sera jamais qu’un "fiacre-taxi" où pourra prendre place n’importe quel passager, qui disposera de lui à sa guise.

      [Gurdjieff, Récits de Belzébuth à son petit-fils, p.1129-1141]

| Accueil du site | Contact | Espace privé | C.G.U. | Spip | Alt | visites : 3638087     

 

Add to Google Reader or Homepage Add to My AOL Add to netvibes Subscribe in Bloglines Add to Plusmo Add to Excite MIX

Conception Web : Hébergement Amical

Réseau X-ODUS